

Hier, j'ai retrouvé un album.
Un de ces albums que l'on croit avoir rangé quelque part dans un coin de sa pmémoire et que l'on découvre presque par hasard😉.
Je l'ai ouvert. Et en tournant les pages, j'ai senti quelque chose se remettre à vivre.
Les couleurs d'abord. Des saris éclatants, des visages, des sourires, des paysages, la végétation, les étoffes, les scènes de rue... Cette Inde-là est immédiatement revenue à moi, avec sa profusion, sa lumière, sa présence.
Mais ce n'est pas seulement ce que je voyais qui me bouleversait.C'était ce que je ressentais.
Parce que ces photographies avaient été prises en 2014. Une année particulière.
Une année qui en suivait une autre qui s'était terminée par une histoire dont je me serais bien passée.
Quelques semaines auparavant, je venais de terminer mes dernières séances de radiothérapie après mon cancer du sein. Je pourrais dire que ce voyage était une façon de célébrer la fin de l'épreuve. C'était vrai.
Mais aujourd'hui, douze ans plus tard, je crois qu'il était bien d'avantage que cela.
Il était une façon de dire à la vie:
"Maintenant, je repars."
J'avais choisi l'Inde du Sud. ET je n'y partais pas seule. J'avais organisé ce voyage pour faire découvrir cette partie de l'Inde à un petit groupe, une dizaine de personnes, et pour y animer un atelier de sophro-olfacto: "le Voyage Au Fil Des Sens"
Parmi elles, il y avait des femmes, bien sûr, mais aussi deux hommes.
Mon mari, qui allait découvrir une facette de moi qu'il connaissait peut-être moins: Catherine dans son univers professionnel, celle qui accompagne, qui transmet, qui crée des expériences autour des sens.
Etun homme que j'avais accompagné en Sophro-Analyse, qui faisait aussi partie de cette aventure.
Je revois aujourd'hui la photo du groupe.

Nous sommes là, réunis autour de tables couvertes de tissus colorés. Des bougies, sont allumées. des objets sont posés devant nous en vue d'un dîner à partager.
Tout semble prêt.
Mais en réalité, ce qui était en train de se préparer n'était pas seulement un atelier.
C'était une rencontre. Une rencontre avec un pays; avec les autres; avec nos sens. et peut-être pour moi, avec une nouvelle version de moi-même.
Sur la couverture de l'album, j'avais écrit:
"Coeur de Fougère - Voyage au fil des sens..."
Je souris en relisant ces mots. Parce que je découvre qu'à l'époque, j'avais déjà posé quelque chose que je comprends encore mieux aujourd'hui.
A l'intérieur, j'avais écrit:
"Coeur de Fougère, c'est mon nom indien! ça me va très bien, car la fougère est le symbole de la vie. Et ce voyage au fil des sens en Inde, cette année 2014, est un peu aussi un symbole de renouveau et de vie pour moi..."

Je ne me souvenais pas exactement de ces mots. Et pourtant, ils me ressemblent encore. Peut-être même davantage aujourd'hui.
Je tourne une autre page. Un visage, puis un autre. un enfant emmitouflé dans un vêtement trop grand,dans une lumière différente de celle que j'imaginais en Inde.

Une femme drapée de jaune, vue de dos. Sa silhouette avance dans cet univers qui pas le mien et qui, pourtant, m'est devenu familier.

Puis cette image presque irréelle d'une femme assise face à l'immensité. Une toute petite silhouette dans un paysage immense.

Je m'arrête. ET je me demande: Qu'est-ce que je cherchais, moi, en partant là-bas?
je pensais emmener les autres découvrir l'Inde.
Mais peut-être que, sans le savoir, j'avais aussi besoin de me découvrir autrement.
Je me souviens des odeurs. Enfin... je ne me souviens pas de chacune avec précision. Mais mon corps, lui semble savoir.
L'odeur de la terre. La chaleur. Les épices. Les fleurs. Les huiles. Le bois. L'encens.Les végétaux.
Cette multitude d'odeurs qui se mêlent sans jamais demander la permission.

En Inde, je n'avais pas besoin de chercher les parfums. Ils venaient à moi. Ils entraient dans mes narines, se déposaient quelque part en moi, et faisaient leur chemin.
C'est peut-être cela que j'aime tant dans l'olfaction.
Elle ne nous demande pas de comprendre. Elle nous touche d'abord. Et parfois seulement après, elle nous raconte pourquoi.
Je regarde les photos du groupe et je retrouve l'énergie de ces journées. Les échanges.Les expériences. Les odeurs que nous découvrions. Les silences aussi. Les rires. Les regards. Je retrouve la femme que j'étais alors. Je la regarde avec tendresse. Elle venait de traverser quelque chose qui avait profondément bouleversé son rapport à la vie.
Et pourtant sur ces photographies, je ne vois pas une femme malade. Je vois une femme qui vit. Une femme qui voyage. une femme qui crée. Une femme qui rassemble. Une femme qui transmet. Une femme qui regarde. Une femme qui ressent. Une femme qui recommence.
Et je comprends peut-être aujourd'hui ce que représentait réellement ce voyage. Il ne s'agissait pas simplement de tourner une page. Parce que tourner une page, c'est parfois croire que l'on revient exactement à l'endroit o$ l'on était avant.
Or je ne suis jamais revenue à celle que j'étais. J'ai continué. Autrement. Avec une conscience différente de ce qui compte.
Avec une autre façon de regarder le temps. Le corps. Les rencontres. Les sensations. Les petits bonheurs. Et surtout la vie.
Cette expérience que je n'avais pas choisie est devenue, avec le temps, un étrange cadeau de conscience.
Pas un cadeau que j'aurais demandé. Pas un cadeau dont je voudrais effacer la difficulté. Mais un cadeau qui m'a appris autre chose.
LA VIE N'ATTEND PAS TOUJOURS QUE NOUS SOYONS PRÊTS.
Alors parfois, il faut partir. Sentir. Regarder. Rencontrer. Créer. Aimer. Et vivre.
Je referme presque l'album. Et je repense à son titre. Coeur de Fougère.
La fougère pousse, se déploie lentement. Elle se déroule. Elle prend sa place.
Et peu-être qu'une femme ou un homme aussi a besoin de temps pour révéler certaines parts d'eux-mêmes.
Il y a des beautés que l'on ne découvre pas immédiatement.
Des parfums qui ont besoin de temps pour se révéler.
Des femmes, des hommes aussi.
Des vie aussi

Nous croyons parfois qu'il faut retrouver celle que nous étions. Alors qu'il s'agit peut-être simplement de laisser apparaître celle ou celui que nous sommes devenus.
Douze ans ont passé. et en regardant ces photographies, je mesure le chemin parcouru. Ce qui m'émeut le plus n'est peut-être pas de revoir l'Inde. C'est de revoir celle que j'étais en Inde.
Cette femme qui venait de terminer un chapitre difficile et qui, sans le savoir, commençait déjà à écrire la suite.
Une femme qui avait choisi de voyager au fil des sens.
Je crois que je n'ai jamais vraiment cessé de le faire.
Aujourd'hui encore, j'aime créer des espaces où une odeur peut ouvrir une porte. Une porte vers une sensation; une image; une émotion; un souvenir; un voyage intérieur. Parce que finalement...
Il y a des voyages que l'on fait pour découvrir un pays. Et d'autres que l'on fait pour se retrouver.
Celui-ci était les deux.
Et peut-être que, douze ans plus tard, en rouvrant cet album, je viens simplement de retrouver une autre partie de moi.
Mon coeur de fougère.


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